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03.11.2009

Rammstein : le réveil de la bête

Rammstein

Voilà un peu plus de trois ans, les arènes de Nîmes s’enflammaient sous l’impulsion dévastatrice des barbares teutons du métal : Rammstein. Le succès de ce concert mythique se prolongea avec l’édition du live Volkerball (audio et vidéo).

Depuis, le sextet allemand s’était fait discret. Lorsqu’en mai dernier, la rumeur bruissait de l’enregistrement d’un sixième album aux États-Unis. L’expérience parallèle du guitariste Richard Kruspe avec la création d’Emigrate avait finalement permis d’apaiser certaines tensions délétères quant à l’avenir du groupe. Enfin, le 16 octobre 2009 est sorti en France Liebe ist für alle da (L’amour est là pour tous), le nouvel opus tant attendu.

Auparavant, le buzz a été assuré par la diffusion sur un site érotique du nouveau single Pussy au texte et aux images clairement pornographiques. Le but avoué de ce titre parodique anglo-germain est de moquer les principaux clichés allemands tout en favorisant un double sens dont la finesse n’est pas la particularité. Pour faire simple, disons que leur vision de l’amour est à l’image de leur humour : à l’opposé du raffinement. Néanmoins, les vieilles recettes sont souvent les plus efficaces, et le sexe s’il n’est plus un tabou reste une valeur sûre de vente et de promotion : c’est kitsch et usé, mais ça marche encore. A défaut de susciter une véritable polémique (nos ministres font bien pire…), le clip aurait été visionné plus de dix millions de fois sur internet.

Fort heureusement l’album dans sa totalité est une bonne surprise, et c’est sans doute le meilleur après Mutter qui reste indétrônable. L’édition spéciale, guère plus chère que l’originale, comporte un deuxième disque avec cinq titres supplémentaires. L’objet en lui-même mérite d’être signalé, car tout a été soigné. Le coffret vaut surtout par la qualité des photos d’Olaf Heine qui met en scène les membres du groupe dans un univers visuel baroque et quasi pictural, proche du film Le parfum de Tom Tykver.

Pour la musique, l’aficionado retrouve tout ce qui fait l’essence de Rammstein : la voix incomparable de Till Lindemann, grave, suave et féroce à la fois ; les riffs martiaux et appuyés des guitares ; des arrangements sonores originaux allant de la musique électronique aux trompes de chasse. D’autre part, l’atmosphère mélancolique et sombre propre aux rockers de la Baltique confère à l’album toute sa saveur et son identité. Le romantisme noir se retrouve aussi bien à travers les ballades Roter Sand (Sable rouge) et Frühling in Paris (Printemps à Paris) que sur des morceaux plus énergiques et hachés comme Waidmanns Heil (Le salut du chasseur) ou Wiener Blut (Sang viennois). La plupart des paroles écrites par le chanteur lui-même font référence à des amours tourmentées où la chair et les rapports de domination occupent une place prépondérante.

A l’aube d’une nouvelle tournée européenne qui commence au Portugal le 8 novembre (cinq dates sont prévues en France), Rammstein est sans aucun doute le groupe gothique au sens littéral qui a encore le plus d’avenir. Il n’est pas venu le temps où l’on pourra dire : « Après le feu des torches sur les faces en sueur / Après le gel du silence au jardin / Après l’agonie aux lieux rocailleux / Après les cris et les clameurs / Après la prison et le palais après l’écho / Du tonnerre printanier au loin sur les montagnes / Lui qui vivait le voici mort » (T.S. Eliot).

Joseph-Marie Joly pour Novopress.

Source : http://fr.novopress.info

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