« Spéciale dédicace | Page d'accueil | Jeune Alsace à la Journée des Jeunesses Européennes en Flandre »
09.05.2008
Langues régionales en France : un projet de loi pour faire illusion
Le 7 mai, à l’initiative notamment du député UMP breton Jean-Marc Le Fur et de quelques autres députés alsaciens toujours bien timides, les langues régionales étaient en discussion à l’Assemblée.
Un évènement en soi
Etant donnée la haine que la République voue aux langues régionales, ce débat était en soi un évènement. Les langues régionales rappellent à la République qu’au-delà de la France « Une et Indivisible », rêvée à Paris, il y a des patries charnelles. Elles sont bien réelles, elles existent bel et bien même si les Constitutions françaises successives en ont décidé autrement, en établissant notamment que « la langue de la République est le français », prétexte à la condamnation à mort des langues régionales.
Il faut bien comprendre que la France est un cas unique en Europe occidentale, qu’elle est rappelée à l’ordre régulièrement par diverses institutions internationales à propos de son jacobinisme exacerbé qui, sous prétexte d’égalité, a relégué l’enseignement des langues régionales à la sphère privée. Il est amusant que la donneuse de leçons qu’est la République française soit sans cesse attaquée à propos de son non respect des principes des Droits de l’Homme en la matière. Savez-vous que pour les autres pays, les Alsaciens, les Bretons, les Flamands, les Occitans, les Basques, les Corses, sont des « minorités ethniques » ? Des minorités ethniques menacées dans leur existence. Or, en droit français, un Alsacien, ça n’existe tout simplement pas.
De vains espoirs : pas de modification de la Constitution
Lors du débat inédit du 7 mai, des députés ont osé exprimer avec passion ce qu’ils avaient sur le cœur. Un député catalan a même osé s’adresser à l’auditoire dans sa langue, il fut vite réprimandé par le Vice-Président de l’assemblée, venu rappeler qu’il est « interdit de s'exprimer autrement qu'en français dans l'hémicycle ».
Le Breton Jean-Marc le Fur a quant à lui demandé une loi ayant des conséquences concrètes en matière d’éducation, de médias, d’Internet et de signalétique.
Tous nourrissaient l’espoir bien vain que la Constitution française soit modifiée, afin de pouvoir mettre en application la Charte européennes des langues régionales et minoritaires, qui s'applique seulement à des langues traditionnellement employées par les ressortissants d'une partie d'un État européen (ainsi, les langues employées par les récents immigrants provenant d'États non-européens sont exclues). La charte propose un grand nombre d'actions différentes que les États signataires peuvent entreprendre pour protéger et pour favoriser les langues historiques régionales et de minorités.
Que nenni ! Point de modification de la Constitution, comme on pouvait s’y attendre. La ministre de la culture, Christine Albanel, a affirmé que « ratifier la Charte est contraire à nos principes ; l’appliquer serait difficile, coûteux et d’une portée pratique pour le moins discutable ». Le droit à la différence n’est donc pas un principe républicain ? Quand il s’agit de défendre les minorités visibles ou sexuelles pourtant la France est la première à parler de notre si belle République riche de ses différences ! Par rapport au coût, nous avons des tas de solutions à proposer pour faire des économies : on pourrait arrêter d’entretenir les vagues d’allogènes accueillies en France, mais on pourrait aussi transférer de réels pouvoir aux régions, et notamment que les impôts des Alsaciens restent en Alsace, comme ça la France n’aurait pas à se soucier du coût incommensurable (on l’imagine) de mettre en place la Charte. La ministre de la culture a ajouté que la ratification de cette charte « implique la reconnaissance d'un droit imprescriptible de parler une langue régionale, notamment dans la sphère publique ». Et c’est grave docteur ?
Un projet de loi histoire de faire illusion
Mais, tout de même, pour faire illusion, et que nos députés puissent rentrer chez eux en faisant croire qu’ils ont obtenu quelque chose, on nous promet une loi qui servira de « cadre de référence » aux langues régionales. Chic alors, on va avoir un cadre de référence ! La plupart de nos députés UMP alsaciens, fidèles à leur lâcheté et leur inconsistance, feignent de se réjouir d’une grande avancée. C’est « un pas en avant » pour Jean-Philippe Maurer. Mais cher Jean-Philippe, ça fait 60 ans que l’on fait des petits pas en avant, que l’on gagne par exemple une heure d’enseignement par-ci par là, pour en arriver à quel constat ? Combien de jeunes pourraient rédiger le présent article en allemand ou en alsacien, combien le comprendraient ? Alors bien sûr ce sont les familles alsaciennes qui n’ont aussi pas rempli leur rôle dans la transmission du dialecte, mais on leur a dit qu’il était « chic de parler français » et on a supprimé notre Muttersprache de l’enseignement. Pendant ces décennies où nos politiciens se sont réjouis de petits pas, nos identités ont avancé à grands pas vers la mort souhaitée par la République. Ce sont des grands sauts qu’il nous faut, et pour cela il faut oser tenir tête à la République et pas se réjouir lorsque celle-ci, une fois de plus, nous humilie !
Lors de la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy avait exprimé sa volonté « de réfléchir ensemble aux propositions très concrètes que l’on pourrait retenir pour sécuriser une fois pour toute la situation des langues régionales de France ». Cette loi n’est même pas encore votée mais nous savons que ce sera un mensonge de plus. Même le député socialiste alsacien Armand Jung ne s’y trompe pas (et c’est dire...), il affirme que cette loi fait « miroiter de faux espoirs ».
Maintenir notre culture vivante, ça se passera ici, pas à Paris
Pour obtenir quelque chose de la France il faudra tenir une ligne cohérente, ambitieuse, et ferme. Mais l’on ne doit pas se contenter de la vaine attente d’une loi miraculeuse venant de la République (ou pourquoi pas plus tard un règlement ou une directive européenne ?). Il faut provoquer les choses, mais il faut surtout les vivre. Puisque nous ne pouvons pas aujourd’hui espérer pour nos enfants une éducation dans la langue qui devrait être la leur, c’est à nous d’utiliser les réseaux culturels existant, d’initiative généralement privée, pour que nos enfants et nous-mêmes puissions vivre notre culture comme il se doit. C’est à nous aussi d’innover. Nous devons développer l’esprit communautaire, et c’est un véritable devoir de faire l’effort d’apprendre l’alsacien, de le partager, de le parler, même s’il est imparfait. La torche qui maintiendra la flamme de notre culture bien vivante, elle est ici, pas à Paris.
Et quand certains pessimistes penseraient que le déclin de la langue est inéluctable, sachez que l’impulsion politique a pu faire revivre des langues qui n’étaient plus parlées, comme le Gaélique en Irlande ou...l’Hébreu en Israël ! C’est de ce pouvoir politique dont les autres régions d’Europe bénéficient, maîtresses de leur politique d’éducation, que le salut viendra.
Ce ne sont pas des lois françaises qu’il faut réclamer, mais le droit de faire des lois alsaciennes.
La diffusion de ce texte est vivement souhaitée
Source à mentionner : www.jeune-alsace.com
00:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Les commentaires sont fermés.