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24.04.2008

Nous sommes tous des Serbes du Kosovo !

1975873159.jpgNous sommes tous des Serbes du Kosovo !
par Karl Hauffen

Carla Del Ponte a-t-elle réellement cru qu’elle présidait à une véritable et impartiale justice internationale ? Voila la question qu’il est permis de se poser après la lecture de son livre « La chasse, les criminels de guerre et moi » dans lequel elle évoque ses huit années passées en tant que procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Un livre qui nous fait découvrir une Carla Del Ponte quelque peu désillusionnée sur le bilan de sa mission et qui se décide enfin à reconnaitre les violences dont étaient avidement poursuivis tous les témoins disposés à parler des crimes commis par les membres de l’UCK.

Est-ce parce que le poids de sa compromission avec ce qu’il est permis d’appeler une parodie de justice a pesé trop lourd sur sa conscience que Carla Del Ponte s’est finalement décidée à révéler cette épouvantable affaire de trafic d’organes ? Ou est-ce plutôt à force d’exaspération, fatiguée des incessantes pressions (pour ne pas dire menaces) américaines et européennes l’enjoignant de ne pas s’intéresser de trop près aux agissements des forces de l’OTAN et de leurs alliés de l’UCK ? On ne le saura sans doute jamais.

Ce qui est certain, c’est que l’affaire que dévoile au grand public l’ex-procureur du TPIY est proprement abominable et repousse au-delà de limites rarement atteintes ce que la décence commune peut supporter. La froide et rugueuse Carla Del Ponte, que l’on avait appris à abhorrer pour son austère suffisance, a sans doute sauvé son âme en trouvant le courage de raconter la fin tragique de ces 300 jeunes serbes, femmes et hommes, transformés en simple réservoir vivant d’organes avec la bénédiction des bonnes âmes de l’intelligentsia occidentale, ceux que Roger Nimier appelait le front moral de l’hypocrisie.

Ils furent au nombre de 300 ces Serbes enlevés par des miliciens albanais lors d’une des nombreuses opérations d’épuration ethnique perpétrées sous les yeux d’une KFOR que l’on jugera bien magnanime avec ses alliés de l’UCK. Ils furent 300 à être déportés en Albanie pour y être séquestrés dans une prison sans jugement ni explications. Le seul crime qu’ils avaient commis : être Serbes et vivre sur leur propre terre, le Kosovo ! Ils furent 300, mais combien sont-ils ceux, impuissants, de leurs proches et parents qui les ont vu emmener, la rage au cœur sans même oser imaginer le sort qui leur serait réservé ? A juste titre d’ailleurs, puisque le châtiment auquel ils étaient promis reste proprement impensable.

Dans cette prison quelque part en Albanie où les conduisent les terroristes de l’UCK, un chirurgien prépare consciencieusement ses instruments. En bon praticien, il les dispose méticuleusement en bon ordre sur la table d’opération, puis demande à faire entrer les accusés. Il commencera d’abord par leur enlever un rein. Jetés dans une baraque insalubre, les suppliciés privés d’un rein, en souffrance postopératoire, vont encore attendre des jours et des jours, dans une angoisse que l’on ose imaginer, avant d’être enfin sommairement exécutés. Leur corps encore chaud sera une dernière fois offert au scalpel du chirurgien qui en prélèvera le second rein, le foie, le cœur et tous les autres organes restants.

Mais Carla Del Ponte ne se contente pas seulement de dénoncer un crime innommable. Elle connait le nom des coupables et le poids fautif de sa collaboration l’empêche de garder le silence, ne rien dire serait définitivement devenir complice. Alors elle franchit le Rubicon et déclare que « les dirigeants d’un niveau intermédiaire et élevé de l’UCK, l’Armée de libération du Kosovo, étaient au courant et étaient impliqués de manière active dans la contrebande des organes ». Et qui trouve-t-on au sommet de la pyramide de ce juteux trafic ? Nul autre que Hashim Thaçi, l’actuel Premier ministre d’un Kosovo devenu indépendant grâce au soutien des Bush et Sarkozy !

Le message que nous envoie Carla Del Ponte est on ne peut plus clair. Tout ceci n’était qu’une mascarade, nous dit-elle. Le TPIY comme tout le reste. Tout le reste, ce sont ces moues indignées des dirigeants européens et étatsuniens, ces afflictions affichées des Kouchner et consorts, cette haute nécessité morale d’une guerre présentée comme humanitaire et toute cette camelote que l’on nous avait refourguée afin de justifier la prédation meurtrière de Washington… Tout ceci n’était donc que tartufferie puisque nous savons maintenant que le crime le plus odieux du drame Kosovar restera impuni !

Aujourd’hui, nous autres, Européens dignes de ce nom, de Dublin à Varsovie, crions ensemble : NOUS SOMMES TOUS DES SERBES DU KOSOVO !

Karl Hauffen (karl.hauffen@club.fr)

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